{"id":399,"date":"2023-12-04T12:28:42","date_gmt":"2023-12-04T11:28:42","guid":{"rendered":"https:\/\/ameliekorsi.com\/?p=399"},"modified":"2023-12-22T16:53:41","modified_gmt":"2023-12-22T15:53:41","slug":"faim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ameliekorsi.com\/?p=399","title":{"rendered":"Faim"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"399\" class=\"elementor elementor-399\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-7440301 e-flex e-con-boxed wd-section-disabled e-con e-parent\" data-id=\"7440301\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-6933eeb elementor-widget elementor-widget-wd_text_block\" data-id=\"6933eeb\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"wd_text_block.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<link rel=\"stylesheet\" id=\"wd-text-block-css\" href=\"https:\/\/ameliekorsi.com\/wp-content\/themes\/woodmart\/css\/parts\/el-text-block.min.css?ver=7.3.2\" type=\"text\/css\" media=\"all\" \/> \t\t\t\t\t<div class=\"wd-text-block reset-last-child text-left\">\n\t\t\t\n\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p id=\"viewer-fabd8\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Texte sur une obsession, inspir\u00e9 par \"La faim\" de Knut Hamsun auquel j'emprunte le titre, et par \"Vingt-quatre heures de la vie d'une femme\" de Stefan Zweig. <\/span><\/p><p id=\"viewer-4j3jk\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Publi\u00e9 \u00e0 l'automne 2018 dans la revue litt\u00e9raire \u00e9tudiante de l'Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Rimouski <span style=\"color: #0000ff;\"><a class=\"TWoY9 itht3\" style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.revuecaractere.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer noopener\" data-hook=\"linkViewer\">Caract\u00e8re<\/a> <\/span>autour du th\u00e8me \"Pulsions\".<\/span><span style=\"font-size: 20px; background-color: var(--wd-main-bgcolor); color: var(--wd-text-color);\">\u00a0<\/span><\/p>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-f0de438 elementor-widget-divider--separator-type-pattern elementor-widget-divider--view-line elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"f0de438\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\" style=\"--divider-pattern-url: url(&quot;data:image\/svg+xml,%3Csvg xmlns=&#039;http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg&#039; preserveAspectRatio=&#039;none&#039; overflow=&#039;visible&#039; height=&#039;100%&#039; viewBox=&#039;0 0 20 16&#039; fill=&#039;none&#039; stroke=&#039;black&#039; stroke-width=&#039;1&#039; stroke-linecap=&#039;square&#039; stroke-miterlimit=&#039;10&#039;%3E%3Cg transform=&#039;translate(-12.000000, 0)&#039;%3E%3Cpath d=&#039;M28,0L10,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M18,0L0,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M48,0L30,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M38,0L20,18&#039;\/%3E%3C\/g%3E%3C\/svg%3E&quot;);\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-c3daa71 elementor-widget elementor-widget-wd_text_block\" data-id=\"c3daa71\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"wd_text_block.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"wd-text-block reset-last-child text-left\">\n\t\t\t\n\t\t\t<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0Il marche pieds nus au bord de la plage. Par moments, les vagues attrapent un \u00e9clat de soleil et le lui renvoient au visage. Il d\u00e9tourne les yeux trop tard, l\u2019\u00e9clat a d\u00e9j\u00e0 franchi l\u2019iris, provoquant un aveuglement aussi brutal qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Il enfonce une main dans sa poche, l\u2019autre tient les chaussures, deux doigts en crochets, chaussettes tass\u00e9es dans le fond. La mer frotte le sable.<\/p><p>Il retarde le moment d\u2019y aller, laisse l\u2019excitation grandir, ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a, l\u2019excitation.\u00a0 Dans sa poche, il serre le tas de billets pli\u00e9s en deux, retir\u00e9 \u00e0 la banque apr\u00e8s avoir gar\u00e9 la voiture, <em>ce qui est fait n\u2019est plus \u00e0 faire<\/em>\u00a0 r\u00e9p\u00e9tait son p\u00e8re, ses \u00e9conomies, les derni\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 la prochaine fois. L\u2019eau chatouille ses pieds plus qu\u2019elle ne caresse, c\u2019est d\u00e9sagr\u00e9able. Elle recule et l\u2019attire, l\u2019enfonce dans le sable imbib\u00e9, pour l\u2019entra\u00eener dans les profondeurs, l\u2019emmener vivre aupr\u00e8s de cr\u00e9atures phosphorescentes dans un silence \u00e9touffant.<\/p><p>Il se retourne et observe l\u2019\u00e9difice faussement ancien d\u00e9passant de derri\u00e8re les cabanons aux toits pointus, un balcon \u00e9troit le parcourt, cl\u00f4tur\u00e9 d\u2019une balustrade noire perc\u00e9e de motifs g\u00e9om\u00e9triques. Sur les longues fen\u00eatres, un voile presque rose, les nuages dans le ciel en miroir. Il se demande pourquoi on ne trouve ces lieux-l\u00e0 que dans les stations baln\u00e9aires. En venant du sable, la rudesse du bitume surprend. Il ne remet pas tout de suite ses chaussures, fait claquer ses pieds.<\/p><p>Dans le hall, il pr\u00e9sente sa carte avec aisance, mais sans sourire trop grand non plus, rester naturel, inodore. Il \u00e9change ses billets contre des jetons de plastique. Dans la premi\u00e8re salle au plafond haut comme deux \u00e9tages, un bruit familier, le cliqu\u00e8tement des roues et aussi les mouvements, les mains qui s\u2019agitent et r\u00e9partissent les cartes, les pieds qui tr\u00e9pignent contre les barreaux des tabourets et enfin les lumi\u00e8res, le clignotement, le rouge de la moquette. Il absorbe, se remplit le corps de d\u00e9sir et entreprend de rejoindre une salle secondaire qui constitue sa premi\u00e8re \u00e9tape. Il commence toujours par l\u00e0, pour le rituel. Rallonger le temps pour rendre le moment plus chaud, plus intense, plus n\u00e9cessaire. Au d\u00e9but, quand il a d\u00e9couvert le jeu par l\u2019ordinateur, il y passait \u00a0toutes ses nuits, y pensait toutes ses journ\u00e9es. 13, 24, 9, 11, 21, 21, 21, blackjack, poker, le son de la monnaie virtuelle qui remplit le porte-monnaie artificiel. Une fois qu\u2019il avait d\u00e9cid\u00e9 de sortir de chez lui, la m\u00eame obsession chez les autres l\u2019avait dans un premier temps r\u00e9fr\u00e9n\u00e9, comme de se partager des images pornographiques. Mais on s\u2019habitue, puis chacun vit et joue pour soi de toute fa\u00e7on. Alors il est revenu, affam\u00e9, d\u2019une faim sans fond, dont l\u2019apparition se produit par \u00e0-coups et \u00e0 la vie quotidienne se superpose soudain la pens\u00e9e du jeu. Le clic du bouton d\u2019ascenseur, le contact de ses fesses sur une banquette de restaurant, la vue d\u2019\u00e9clats de lumi\u00e8re sur l\u2019eau, tout est pr\u00e9texte. Ensuite \u00e7a ne le l\u00e2che plus, impossible de s\u2019en d\u00e9tourner, il doit y aller, et la d\u00e9cision l\u2019apaise, le rassure, comme de penser en marchant dans le froid et sous la pluie au moment o\u00f9 l\u2019on franchira sa porte d\u2019entr\u00e9e pour retrouver la chaleur de son foyer. <em>Et puis merde<\/em> il dit, on peut bien le laisser tranquille apr\u00e8s tout, il ne d\u00e9range personne ici, dans ce b\u00e2timent, c\u0153ur aux battements apaisants, en lui et loin du monde. Pendant qu\u2019il avance, un vertige le saisit, ses yeux roulent, sa t\u00eate tangue, il regarde dans le vide depuis une falaise, s\u2019imagine sauter, juste pour voir, par curiosit\u00e9, sans craindre pour sa vie, seulement pour suivre les courants, et effleurer la mer du bout des doigts. Il se tient raide sur la moquette rouge, se souvient d\u2019un livre que son p\u00e8re lui a fait lire adolescent, le personnage, affam\u00e9, arpente la ville \u00e0 la recherche de la moindre petite pi\u00e8ce de monnaie. Et lorsqu\u2019enfin il l\u2019obtient, il s\u2019arrange toujours pour y renoncer, n\u2019\u00eatre jamais rassasi\u00e9. Ne jamais garder l\u2019argent mais s\u2019en servir pour rechercher ce tr\u00e8s court instant o\u00f9 l\u2019on ne respire plus, l\u2019instant suspendu juste avant la jouissance, c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019il est l\u00e0, dans ce b\u00e2timent pr\u00e8s de la plage. Parce que le meilleur moment est presque finalement celui juste avant la jouissance, o\u00f9 tu sais qu\u2019elle va surgir et que tu peux la contr\u00f4ler, en ralentir l\u2019arriv\u00e9e, la laisser en suspens. Les machines apparaissent devant lui, armatures plastifi\u00e9es align\u00e9es contre le mur. Il les contemple, il pourrait quitter les lieux, personne\u00a0 ne le force, il ne le veut pas, ce qu\u2019il cherche c\u2019est tromper le besoin de sommeil, que ses yeux gorg\u00e9s de la lumi\u00e8re bleue des \u00e9crans ne se referment plus, \u00e0 la mani\u00e8re des poissons phosphorescents. Finalement, il se dirige vers celle dans l\u2019angle, s\u2019installe sur le si\u00e8ge ti\u00e8de et sort de sa poche un jeton au motif rouge stri\u00e9, minuscule bou\u00e9e de sauvetage. L\u2019\u00e9cran forme une petite fen\u00eatre sur sa corn\u00e9e, et dans la fente surmont\u00e9e d\u2019une fl\u00e8che jaune, il glisse son premier jeton.<\/p><p>\u00a0<\/p><p id=\"viewer-bmec3\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Couverture livret \u00a9Alexandre-Xavier Montbleau <\/span><\/p>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Texte sur une obsession, inspir\u00e9 par \u00ab\u00a0La faim\u00a0\u00bb de Knut Hamsun auquel j&#8217;emprunte le titre, et par \u00ab\u00a0Vingt-quatre heures<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":346,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"footnotes":""},"categories":[27,25],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/399"}],"collection":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=399"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1427,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions\/1427"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/346"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=399"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=399"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=399"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}