{"id":404,"date":"2023-12-04T12:30:48","date_gmt":"2023-12-04T11:30:48","guid":{"rendered":"https:\/\/ameliekorsi.com\/?p=404"},"modified":"2023-12-22T16:52:41","modified_gmt":"2023-12-22T15:52:41","slug":"la-mort-de-renegado","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ameliekorsi.com\/?p=404","title":{"rendered":"La mort de Renegado"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"404\" class=\"elementor elementor-404\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-281f9d4 e-flex e-con-boxed wd-section-disabled e-con e-parent\" data-id=\"281f9d4\" data-element_type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-8e6d438 elementor-widget elementor-widget-wd_text_block\" data-id=\"8e6d438\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"wd_text_block.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<link rel=\"stylesheet\" id=\"wd-text-block-css\" href=\"https:\/\/ameliekorsi.com\/wp-content\/themes\/woodmart\/css\/parts\/el-text-block.min.css?ver=7.3.2\" type=\"text\/css\" media=\"all\" \/> \t\t\t\t\t<div class=\"wd-text-block reset-last-child text-left\">\n\t\t\t\n\t\t\t<p>\u00a0<\/p><p id=\"viewer-472ju\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Nouvelle inspir\u00e9e par l'histoire d'un taureau, Renegado, seul taureau mis \u00e0 mort \u00e0 Paris lors d'une corrida organis\u00e9e pendant l'Exposition universelle de 1889.<\/span><\/p><p id=\"viewer-7qjmt\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Sources : <\/span><\/p><p id=\"viewer-fh94a\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">\u00ab La tauromachie, histoire et dictionnaire \u00bb, \u00e9ditions Laffont, sous la direction de Robert B\u00e9rard, Bouquins Editions, 2014<\/span><\/p><p id=\"viewer-3cb3q\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">\u00ab Corridas. De sang et d\u2019or \u00bb de Marine de Tilly, Editions du Rocher, 2008<\/span><\/p><p id=\"viewer-66qr1\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">2\u00e8me prix du concours de nouvelles 2018 organis\u00e9 par l'Universit\u00e9 Paris 8 sur le th\u00e8me \"Jeu\". <\/span><\/p><p id=\"viewer-4q5na\" class=\"xVISr Y9Dpf bCMSCT OZy-3 lnyWN yMZv8w bCMSCT public-DraftStyleDefault-block-depth0 fixed-tab-size public-DraftStyleDefault-text-ltr\"><span class=\"B2EFF public-DraftStyleDefault-ltr\">Pour d\u00e9couvrir les textes laur\u00e9ats, c'est par <span style=\"color: #0000ff;\"><a class=\"TWoY9 itht3\" style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.univ-paris8.fr\/IMG\/pdf\/livret_concours_de_nouvelles_2018.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer noopener\" data-hook=\"linkViewer\">ici<\/a><\/span>.<\/span><span style=\"font-size: 20px; background-color: var(--wd-main-bgcolor); color: var(--wd-text-color);\">\u00a0<\/span><\/p>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-4640ab9 elementor-widget-divider--separator-type-pattern elementor-widget-divider--view-line elementor-widget elementor-widget-divider\" data-id=\"4640ab9\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"divider.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-divider\" style=\"--divider-pattern-url: url(&quot;data:image\/svg+xml,%3Csvg xmlns=&#039;http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg&#039; preserveAspectRatio=&#039;none&#039; overflow=&#039;visible&#039; height=&#039;100%&#039; viewBox=&#039;0 0 20 16&#039; fill=&#039;none&#039; stroke=&#039;black&#039; stroke-width=&#039;1&#039; stroke-linecap=&#039;square&#039; stroke-miterlimit=&#039;10&#039;%3E%3Cg transform=&#039;translate(-12.000000, 0)&#039;%3E%3Cpath d=&#039;M28,0L10,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M18,0L0,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M48,0L30,18&#039;\/%3E%3Cpath d=&#039;M38,0L20,18&#039;\/%3E%3C\/g%3E%3C\/svg%3E&quot;);\">\n\t\t\t<span class=\"elementor-divider-separator\">\n\t\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-274b8ea elementor-widget elementor-widget-wd_text_block\" data-id=\"274b8ea\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"wd_text_block.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"wd-text-block reset-last-child text-left\">\n\t\t\t\n\t\t\t<div class=\"nLG8d5\" data-hook=\"post-description\"><article class=\"blog-post-page-font\"><div class=\"post-content__body\"><div class=\"moHCnT\"><div class=\"moHCnT\"><div class=\"fTEXDR A2sIZ4 QEEfz0\" data-rce-version=\"9.15.1\"><div class=\"itVXy dojW8l s6hjqn _8a1b4\" dir=\"ltr\" data-id=\"rich-content-viewer\"><div class=\"mhGZq BAGeNT\"><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0Isabelle rapproche sa main du flanc puissant qui fr\u00e9mit avant m\u00eame le contact, comme pour se d\u00e9barrasser d\u2019une mouche. Elle sent la chaleur qui se d\u00e9gage du corps massif et observe les courbes des muscles, inhumains. Enfin, elle d\u00e9pose sa main minuscule et p\u00e2le sur le pelage humide et d\u2019un noir d\u2019obsidienne. L\u2019odeur de foin sale enserre l\u2019air et, la taille \u00e9touff\u00e9e par sa robe, Isabelle ouvre discr\u00e8tement la bouche pour respirer par petites bouff\u00e9es. Le ma\u00eetre de la <em>ganaderia<\/em>, Sabino, a ramen\u00e9 l\u2019animal sp\u00e9cialement d\u2019Espagne pour l\u2019Exposition et lui tapote le front avec fiert\u00e9 avant d\u2019empoigner l\u2019une des cornes blanches, un immense croc pr\u00eat \u00e0 le lac\u00e9rer. Le taureau souffle.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0-\u00a0 Comment s\u2019appelle-t-il ? demande-t-elle.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0-\u00a0 Renegado, s\u2019esclaffe l\u2019homme.<\/p><p>Ren\u00e9gat. Elle, ancienne reine d\u2019Espagne, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 un tra\u00eetre.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0-\u00a0 Ne bougez pas Madame Isabelle, crie le photographe. Souriez !<\/p><p>Isabelle fixe l\u2019objectif, le bras toujours tendu sur le pelage, en travers de la porte du box. Soudain le taureau avance une patte, le sabot claque sur le sol, le ventre gonfl\u00e9 se balance comme une outre, et elle sursaute en s\u2019\u00e9cartant. Les hommes autour rient. Isabelle crispe la m\u00e2choire, se tient raide pour la photographie, ne sourit plus. Elle ne voulait pas revenir, a d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re de cette ar\u00e8ne en juin, un simulacre de sa tradition, des exercices d\u2019agilit\u00e9 grossiers et des Parisiens ennuy\u00e9s et ennuyeux prenant tout ceci pour un jeu. Mais elle doit y assister encore, s\u2019y trouver, en repr\u00e9sentation. Elle se gratte la joue du bout des ongles, la marquant de fines lignes blanches, attend l\u2019organisateur des courses, Mariano Hernando qui discute. Le photographe range son mat\u00e9riel, et pose son regard sur elle qui attend. Elle rep\u00e8re dans son expression une moue, des sourcils qui se haussent, quelque chose de l\u2019ordre du m\u00e9pris. Elle serre la gorge de son \u00e9ventail et passe le seuil. Apr\u00e8s tout, Mariano n\u2019a qu\u2019\u00e0 la rejoindre. Sur la piste, la lumi\u00e8re de juillet l\u2019aveugle, la chaleur suffocante la fait rougir, <em>bochorno.<\/em> La terre ocre salit le bas de sa robe et la poussi\u00e8re remplit son nez. Elle tient un avant-bras en visi\u00e8re, sur les gradins en bois, les visiteurs en contre-jour se pressent, et cela ressemble \u00e0 une colonie d\u2019insectes grouillants. Quelqu\u2019un pose sa main sur son \u00e9paule pour la conduire \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de l\u2019ar\u00e8ne, dans la salle r\u00e9serv\u00e9e aux hommes qui vont assurer le spectacle.<\/p><p>\u00a0Ils se taisent quand elle rentre, se l\u00e8vent en la reconnaissant, faisant racler les pieds de leurs chaises sur le carrelage. Ce sont des hommes d\u2019Espagne, du m\u00eame sang qu\u2019elle. Au centre, la star, Lagartijo \u00ab\u00a0Petit l\u00e9zard\u00a0\u00bb. Il porte sa tenue dor\u00e9e et son chapeau qu\u2019il d\u00e9pose avant de la rejoindre. Isabelle a honte de voir un homme si important participer \u00e0 cette mascarade de corrida. Il penche son corps sec en avant, sa bouche se pose, humide et chaude sur le dos de sa main. Ses cheveux brillent, impr\u00e9gn\u00e9s de bandoline, noirs comme le pelage de la b\u00eate.<\/p><p>Dans la tribune, des personnalit\u00e9s politiques sont d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es, g\u00e9n\u00e9raux, d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9nateurs, qui parlent bruyamment. Une seule femme, celle qui accompagne le d\u00e9put\u00e9 Wilson, elles ne s\u2019adressent pas la parole, se saluent poliment de la t\u00eate, avec d\u00e9licatesse. Isabelle s\u2019assoit sur un si\u00e8ge recouvert de velours grenat. Le lieu est rempli maintenant, et le bleu du ciel coup\u00e9 par la courbe de l\u2019\u00e9difice. Au loin, elle aper\u00e7oit la pointe de la tour con\u00e7ue par Monsieur Eiffel, tout juste achev\u00e9e, longiligne, une broderie m\u00e9tallique, attirante et vertigineuse, surmont\u00e9e d\u2019une pointe, \u00e9trange quenouille.<\/p><p>\u00a0Ils p\u00e9n\u00e8trent dans le cercle, les picadors sur les chevaux, les banderilleros \u00e0 pied et l\u2019artiste Lagartijo. Elle se penche par-dessus la rambarde,\u00a0<em>qu\u2019il a fi\u00e8re allure<\/em>\u00a0pense-t-elle. Elle embrasse son pendentif de Sainte Eulalie, ferme les yeux, imagine le public d\u2019Espagne, bouillonnant, le sol tremblant, pense aux gestes de Lagartijo, qu\u2019il devra ici r\u00e9fr\u00e9ner.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 -\u00a0 Tout va bien Madame ? interroge l\u2019organisateur pench\u00e9 sur elle.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 -\u00a0 Oui, r\u00e9pond-elle d\u2019une voix serr\u00e9e.<\/p><p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 -\u00a0 Ne vous pr\u00e9occupez pas tant, cela froisse vos traits, tout ceci n\u2019est qu\u2019un amusement.<\/p><p>Elle d\u00e9pose un doigt sur sa bouche pour l\u2019inciter \u00e0 se taire.\u00a0 Il recule sur son si\u00e8ge sans rajouter autre chose.<\/p><p>Le bruissement et le balancement en avant de la foule s\u2019accentuent au moment o\u00f9 le taureau est l\u00e2ch\u00e9, tous veulent voir le ren\u00e9gat, d\u2019une noirceur diabolique, amplifi\u00e9e par la clart\u00e9 de Paris. Il l\u00e8ve le museau pour d\u00e9couvrir son nouveau territoire. Les picadors l\u2019encerclent, maintiennent les r\u00eanes que les montures voudraient emporter. La b\u00eate se pr\u00e9cipite sur ce qui s\u2019agite. Un homme se penche, Isabelle aper\u00e7oit le reflet de la pique. Elle ne voit pas si la lame a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la peau, l\u2019animal ne r\u00e9agit pas, revient \u00e0 la charge et enfonce une corne dans l\u2019ars d\u2019un cheval qui se pare alors de rouge. <em>Demain il sera mort<\/em> pense Isabelle.<\/p><p>Elle se tourne, sent les ressorts de son si\u00e8ge, sous le velours. Les hommes qui l\u2019entourent ont les yeux qui brillent, l\u2019autre femme a port\u00e9 son \u00e9ventail \u00e0 sa bouche mais sans d\u00e9tourner le visage de la sc\u00e8ne.<\/p><p>Isabelle transpire dans sa robe \u00e9paisse, des gouttelettes se forment entre ses seins, la d\u00e9mangent. Elle s\u2019\u00e9vente avec force, les m\u00e8ches s\u2019agitent. Les picadors sortent de sc\u00e8ne sous les applaudissements, faisant dispara\u00eetre les chevaux bless\u00e9s. Les banderilleros aux dentelles noires confrontent la b\u00eate, sans jamais la quitter des yeux, l\u2019obligent \u00e0 s\u2019enrouler autour d\u2019eux et harponnent, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 Isabelle a pos\u00e9 sa main plus t\u00f4t. Elle a le c\u0153ur qui comprend et gonfle, cette fois tout est diff\u00e9rent, la corrida vient de commencer.<\/p><p>Les bandelettes en papier cr\u00e9pon sautillent sur le flanc gonfl\u00e9, et ressemblent aux tresses que les petites filles nouent sur les poneys. Le sang ne coule pas encore sur le dos sombre. Isabelle suffoque \u00e0 cause de la chaleur, rel\u00e8ve l\u00e9g\u00e8rement le bas de sa robe, d\u00e9lace ses chaussures. Des encouragements en espagnol r\u00e9sonnent contre les murs de la fosse \u00ab \u00a1\u00a0Lagartijo\u00a0!\u00a0\u00bb puis \u00ab\u00a0\u00a1 Matalo\u00a0!\u00a0\u00bb A mort. Isabelle sourit. Le silence est le pire ennemi de la corrida. Le ren\u00e9gat passe devant elle, les poils tremp\u00e9s, le museau couvert d\u2019\u00e9cume et le dos rouge balafr\u00e9. Elle enfonce ses poings dans la banquette pour se redresser et r\u00e9duire la douleur des ressorts. Lagartijo se tient digne, beau en matador. S\u2019il veut vivre, il devra mettre fin \u00e0 l\u2019existence de l\u2019autre.<\/p><p>Il se rapproche en ondulant son drap de serge rouge sur la terre s\u00e8che et jaune sans cligner des paupi\u00e8res. Lorsque l\u2019\u00e9p\u00e9e s\u2019enfonce dans le cou, les applaudissements et les sifflements en r\u00e9ponse fusent de tous c\u00f4t\u00e9s. \u00ab\u00a0C\u2019est un scandale\u00a0\u00bb. Le d\u00e9put\u00e9 Wilson saisit sa femme par le bras et la tire hors de la tribune. Isabelle ne r\u00e9agit pas aux plaintes, reste concentr\u00e9e. Lagartijo et le taureau continuent \u00e0 se fixer, \u00e0 respirer au m\u00eame rythme. Le taureau rompt le contact pour rejoindre par petits bonds, avec une gr\u00e2ce \u00e9tonnante pour son poids, le passage entre les gradins qui le m\u00e8nerait \u00e0 son box.<\/p><p>Isabelle croise le regard du ma\u00eetre de la <em>ganaderia<\/em>, qui applaudit dans sa direction et continue ses gesticulations. Si l\u2019animal meurt avec panache, c\u2019est \u00e0 sa porte qu\u2019ils viendront tous frapper. Elle n\u2019en peut plus de la chaleur, retire ses chaussures, pose ses pieds moites sur le bois, ses empreintes s\u2019y impriment. En relevant la t\u00eate, elle remarque que Lagartijo s\u2019en vient dans sa direction, pendant qu\u2019un autre homme attise la col\u00e8re de la b\u00eate. Il s\u2019arr\u00eate devant la tribune, et \u00e0 elle seule, dans leur langue, demande ce qu\u2019il doit faire.<\/p><p>Autour d\u2019Isabelle le silence se fait. Ils savent ce qu\u2019il a demand\u00e9, ils comprennent. Isabelle fixe la b\u00eate puissante et fi\u00e8re, et sans attendre l\u2019approbation de quiconque crie \u00ab\u00a0<strong>\u00a1<\/strong> <em>Matalo<\/em>\u00a0!\u00a0\u00bb. D\u2019autres voix la suivent en \u00e9cho. Le matador retourne au centre de la piste, fixe l\u2019animal qui s\u2019\u00e9lance, conduit le geste, force le mufle \u00e0 fr\u00f4ler le sol. L\u2019\u00e9p\u00e9e dispara\u00eet dans la peau, comme coup\u00e9e en deux, lutte de deux corps<em> duende<\/em>, l\u2019inspiration du torero<em>.<\/em> Quelques personnes protestent encore, faussement, se cachant derri\u00e8re leurs doigts entrouverts, la violence attire le regard, \u00e9chauffe les esprits et les corps. Un jeune gar\u00e7on s\u2019\u00e9vanouit dans la foule, un attroupement, essaim d\u2019abeilles en costumes, se forme pour l\u2019\u00e9vacuer. Le taureau ne bouge plus, il a compris que sa vie allait prendre fin.<\/p><p>Il a encore la possibilit\u00e9 d\u2019emporter avec lui Le L\u00e9zard, s\u2019il le d\u00e9cide.<\/p><p>Ils esquissent quelques pas l\u2019un vers l\u2019autre, final d\u2019une danse \u00e0 mort, dans quelques secondes l\u2019un des deux va traverser l\u2019autre, tuer. La sueur forme une couche luisante sur le front de l\u2019homme, d\u00e9gouline le long de son nez, stationne sur la ligne de sa m\u00e2choire et se laisse tomber \u00e0 chaque gonflement de sa poitrine. Les rayons du soleil frappent son costume dor\u00e9 comme par\u00e9 de centaines de diamants. Dans un dernier sursaut, le taureau baisse la t\u00eate et s\u2019\u00e9lance, la d\u00e9marche d\u2019abord bancale puis d\u00e9termin\u00e9e.<\/p><p>Le l\u00e9zard l\u2019attend, patiemment, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re seconde. Il n\u2019a pas le droit de trembler. Il fait voler son drap autour de lui et Isabelle fr\u00e9mit, et le bas de son dos vibre, et c\u2019est douloureux et grisant \u00e0 la fois. Elle se l\u00e8ve, serre la rambarde pour puiser la force du lieu, du moment, <em>querencia<\/em>. La derni\u00e8re estocade. L\u2019animal plant\u00e9 s\u2019affale, propageant des nuages de poussi\u00e8re dans l\u2019air br\u00fblant. L\u2019homme se penche vers l\u2019ombre exsangue, le sang coule de l\u2019\u00e9p\u00e9e. Il et se tourne vers elle.\u00a0 Isabelle lit toute la force de l\u2019Espagne dans ses yeux. Le taureau est mort.<\/p><p>Le matador fait le tour de l\u2019ar\u00e8ne accompagn\u00e9 de ses banderilleros et picadors. Les gradins se vident lentement, la foule suit les couloirs de l\u2019ar\u00e8ne \u00e0 petits pas pour rejoindre la sortie. Isabelle reste. Le taureau est photographi\u00e9, puis tir\u00e9 par les cornes laissant de longues traces sur le sable qui ne sont pas recouvertes imm\u00e9diatement. Isabelle dresse la t\u00eate vers le ciel.<\/p><\/div><\/div><\/div><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Dessin \u00a9Am\u00e9lie Korsi<\/p><\/div><\/div><\/div><\/article><\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle inspir\u00e9e par l&rsquo;histoire d&rsquo;un taureau, Renegado, seul taureau mis \u00e0 mort \u00e0 Paris lors d&rsquo;une corrida&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":342,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"footnotes":""},"categories":[27,25],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/404"}],"collection":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=404"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/404\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1421,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/404\/revisions\/1421"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/342"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=404"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=404"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ameliekorsi.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=404"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}